un atelier d’écriture comme espace d’expression et de communication.

Hors champ

Posté on 18, octobre 2020

Hors champ: c'était le thème de cette semaine de rentrée, dans les Alpes de haute Provence, 
du 7 au 11 septembre. Hors champ sensible, au plus près de l'actualité parfois:

               On dirait un champignon atomique, comme à Hiroshima. La photo
publiée dans le journal semble être une image d’archives. En regardant de plus 
près on entrevoit la cote. Oui, c’est bien Beyrouth, là, sous ses yeux. Toujours
en première page, d’autres photos, plus petites. Elles montrent en détails les
ravages de l’explosion : le silo amputé, les façades soufflées, les immeubles 
effondrés, l’amoncellement des décombres, le vide provoqué par le souffle, des 
corps de victimes. La photo à la Une parait irréelle, démesurée par rapport à 
la taille du pays.

            Hors champ, au téléphone, le récit des amis disent le silence des images.
Jamileh, qui habite à 70 km, a entendu un sifflement avant l’explosion ; elle a pensé 
à un bombardement par les voisins du sud, comme avant. A 10 km au dessus de capitale, 
Vera a senti son immeuble trembler ; elle a d’abord cru à une explosion due à une collision
entre camions. Boutros lui, a vu toutes vitres alentour s’effondrer. A Achrafieh même, 
le magasin de Tony a été pulvérisé, les employés étaient rentrés chez eux un quart d’heure
auparavant.

           De retour à Marseille, Joumana parle, sa voix est lasse, triste. Elle raconte 
ce qu’elle n’a pas réussi à exprimer à distance. Son arrivée à Beyrouth quelques heures 
après l’explosion, l’aéroport en partie éventré, les nouvelles de sa famille, sa cousine 
décédée, son cousin gravement brulé, seul survivant d’une dizaine de copains qui travaillaient
ensemble sur le port. C’était le 4 aout 2020.
 Lili