A propos...

Atelier d'écriture

Les ateliers réguliers sont animés par  :
Josianne Maudet – le Contellec.

  • Enseignante en lettres dans le secondaire jusqu’en 2015.
  • A animé des ateliers dans le cadre institutionnel pour les jeunes jusqu’en 2015,  et anime des ateliers d’écriture créative pour adultes depuis 2009.
  • Licence Lettres modernes
  • DU de formation à l’animation d’ateliers d’écriture d’Aix/ Marseille.

Les Presses littéraires ont publié deux de ses ouvrages :

  • Un recueil de nouvelles: Pendant que les enfants jouent… en 2017
  • Un recueil de poèmes, Femme d’Argile, en 2014, présents sur le catalogue de la maison d’édition, sur la fnac.com et amazon.com.


Accueil

L'association Clair de mots

L’association Clair de Mots, c’est une histoire de mots forcément, une histoire qui se décline en trois volets :

  1. Un atelier d’écriture créative pour écrire dans un cadre privilégié au fil de propositions propres à éveiller nos imaginations, à réveiller nos souvenirs… on y écrit tous azimuts poèmes, fragments, courts récits dans un cadre accueillant et bienveillant.
  2. Parce que « chacune de nos lectures est une graine qui germe », l’association propose un «  club lecture », rendez-vous trimestriel pour échanger des livres, partager des impressions de lecture augmentées de notre pratique d’écrivant(e).
  3. Clair de Mots propose enfin un lien avec une écrivaine- biographe qui recueille les souvenirs dont on souhaite conserver la trace. Elle prend en charge notre récit de vie, le rédige et le matérialise sous forme de document, livret…

Infos pratiques

Atelier nomade janvier 2023


 

LES PIEDS dans LE PLAT

 

 

 

Un atelier d'écriture pour se rencontrer, traverser un territoire pour en trois repas trois séances considérer la nourriture comme une muse, source d’inspiration et de créativité...

Et en écrire des tartines entre la poire et le fromage à en rester baba, le temps d'un week-end singulier ...

Les modalités :

Trois séances d'écriture du samedi matin 10 heures au dimanche 12 heures.
Trois repas aux menus raffinés, de saison ( joints à ce message)

L'hébergement :

Un mas camarguais très confortable entre St Gilles et Arles, en bord de petit Rhône, une hôtesse accueillante et un hébergement en chambre double.

 

 

 

Les intervenants :

- Les ateliers d'écriture sont animés par Josianne Maudet

- Les fourneaux, ce sont ceux de Mimi, qui tient une table d'hôtes aux Saintes Maries de la Mer. Les menus sont concoctés, préparés et proposés, «  parce que c'est vous parce que c'est elle », avec soin et générosité.

Les réservations :

Le contact, pour plus de renseignements... et les menus!
jsnmaudet@gmail.com
06 13 50 34 94

Au plaisir de cet atelier à venir !

 

La saison 2022/ 2023


L'association Clair de Mots propose:
♠ Des ateliers réguliers: ils sont mensuels et se déroulent à la Cadière d'azur, dans le Var, parfois en musée, à Marseille, Aix...
Les séances sont de quatre heures, de 9 à 13 heures.
Les dates en 2023: les 14 janvier, 11 février, 4 mars, 1er avril, 13 mai et 10 juin
♣ des "ateliers nomades": ils s'organisent en week-end avec hébergement.
- Le premier a lieu les 28 et 29 janvier 2023: atelier "Les Pieds dans le plat", à Fourques, en Camargue, dans le Gard.
- Les 29/30 avril et 1er mai, un atelier Ecriture poétique ( plus d'informations à venir)
- Sont prévues trois journées début septembre 2023, les 1,2,3 septembre pour écrire autour des Rencontres d'Arles, le festival consacré à la photographie.
♥ Un nouveau cycle écriture de nouvelles: cette année nous écrirons des nouvelles- instant. La thématique: Inspiration Hopper.
Les dates en 2023: les 13 janvier, 10 février, 10 mars, 14 avril et 12 mai.

Le fonctionnement d’un atelier



• On écrit en général sur un thème et l'on varie les formes: fragments, paragraphes, nouvelles, poèmes, et les genres: récit, théâtre, autobiographie...

• L'organisation d'une séance en atelier est "ritualisée" :
Dans un premier temps, une proposition à "s'échauffer" : jeu d'écriture, essai de texte individuel ou collectif, consigne oulipienne.... Une manière de se mettre en voix... et en voie...
La seconde proposition s'appuie le plus souvent sur un texte d'auteur, un tableau, une photographie, une courte vidéo.
Quelquefois la séance s'organise en extérieur, en musée, autour d'une exposition.

• On explore... et puis on écrit autant de temps qu'il est nécessaire.

• On lit ensuite les textes produits, en toute liberté, en entier, de manière fragmentaire, pour partager: un atelier d'écriture c'est un va et vient entre écriture et lecture, lecture de ses textes, de ceux des autres... Cette lecture fait l'objet de « retours »,  des commentaires bienveillants et respectueux, sur le texte exclusivement.
• Après ces retours chacun pourra retravailler son texte, s'il le souhaite. Les textes produits et retravaillés sont partagés via Internet et au gré de chacun. Ils sont réunis depuis quelques années en mini-recueils mensuels, traces papier de nos écrits. Les cycles de nouvelles font l'objet de publications annuelles.

• Rentrer en atelier c'est emprunter un chemin dont on ne sait jamais où il nous conduira. On est souvent étonné du texte que l'on a produit, étonné également de la diversité des textes que la même proposition a permis dans le groupe.
Et quelque chose se passe au fil des ateliers qui amène à devenir son propre lecteur, à acquérir une autonomie dans son écriture... et à porter un autre  regard sur les textes d'auteurs.

Informations 2021/2022


 

 

                 Jean- Claude Baisero

 

Année 2021/2022 Sont prévus, sauf contretemps dû aux instructions gouvernementales et concernant la situation sanitaire :

 

  • Bruno Catalano, La foule des personnages valise à la main, vides de quelque chose abandonné en amont et pleins pourtant d'une attente inscrite dans leur corps. Le thème vide plein que nous explorerons en écriture durant la semaine de remise en chemin de nos ateliers: cf le stage de rentrée à Redortiers.
  • Le stage de rentrée à Redortiers, Alpes de haute Provence, du 6 au 10 septembre. Renseignements au 06 13 50 34 94.
  • Les ateliers du samedi matin en présentiel débuteront le 25 septembre, quatrième samedi du mois, et puis au rythme bi- mensuel  induit par l'occupation de la salle municipale de la Cadière (deuxième et quatrième samedis du mois): Nous pourrons éventuellement décider ensemble à certaines de ces dates d'un atelier journée et en faire à l'occasion des ateliers itinérants. A voir...
  • Les 27/28 novembre, week-end nomade à Redortiers.
  • Les 10 et 24 octobre, 14 novembre et 12 décembre, je pourrai programmer un atelier zoom si vous êtes au moins quatre à n'avoir pu être présents en présentiel la veille.
  • Le cycle d'écriture de nouvelles : Nous nous retrouverons les jeudis 14 octobre, 18 novembre et 16 décembre 2021, puis les 15 janvier, 16 février, 18 mars, les 13 janvier, 24 février et 17 mars et 14 ou 21 avril 2022 à 19 heures 30, via zoom.

L'atelier est complet pour ce cycle.

 


Atelier d'écriture

Textes

Des "premiers jets", des occasions de se frotter à sa propre écriture et à celle de l'autre, quelques textes écrits en ateliers...

Jouer les filles de l’air…


Le souffle appliqué

Sur les ailes du silence

Le crayon résonne

 

 

L’air est parcouru

D’invisibles particules

Flotte l’égrégore.

 

 

Elisabeth Duret

Mes cheveux s’envolent

Caressés d’un souffle court

Echappé de toi.

 

 

 

 

 

C’est la vie qui naît,

C’est la vie qui meurt aussi

Que ce souffle là

Sabine Boillot

Les quatre éléments


 

« Je cours sur la plage de chenoua (....) je cours avec la mer qui monte et descend sous les ruines romaines, je cours dans la lumière d’hiver encore chaude, je tombe sur le sable, j’entends la mer qui arrive ..... »( Nina Bouraoui, Garçon manqué )

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher
Des guirlandes de fenêtre à fenêtre
Des chaînes d’or d’étoile à étoile
Et je danse »

Mes pas m’ont amenée sur le rivage, sur l’immensité déserte de cette plage, au crépuscule. J’ai laissé derrière moi un ruban parsemé de lumières éclairant les rues et les maisons, et j’ai noyé mon regard dans les lueurs rosissantes du ciel sans nuages. Mes pieds ont effleuré le sable vierge lissé par le ressac, ils ont ressenti la fraîcheur de l’eau et la douceur des minuscules bulles d’écume.

Je me suis prise pour Vénus émergeant de l’océan, et un élan irrépressible s’est emparé de tout mon être, de la pointe de mes orteils à la racine de mes cheveux.

Et maintenant, je ne suis que mouvement, courbures et contorsions, je m’enivre du vent du large qui fait flotter ma chemise, s’envoler ma chevelure, apporter sur mes lèvres la saveur salée des embruns, et à mes narines la senteur iodée de la mer.

Mes traces sur le sable s’effacent à chaque vague qui s’étale langoureusement, j’avance, je recule, je me penche et n’en finis plus de tournoyer, lancer mes bras vers le ciel ou vers l’élément liquide qui m’appelle et m’attire à lui.

Mais je veux encore profiter de la liberté que j’ai dans l’air tiède de cette fin de journée, jusqu’au vertige, le vertige de l’oubli au contact de l’eau qui vivifie et apaise tout à la fois, le vertige né de la danse, muée en transe, une transe d’où l’on ne revient qu’après avoir épousé l’horizon.
Claudine

 

 

 

 

                     "Le feu est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse… Le feu est beau en soi, n’importe comment. "                    Klein
Carton brûlé sur panneau
250 x 130 cm

 

Immolation

Farce stupide

dernières bulles puantes


La pluie en bruine la nuit ocre

L’ombre en fuite apparaît d’abord,

se redresse aussitôt,

fonce au pas gymnastique,

disparaît définitivement dans la nuit

 

Papa s’était sans doute levé

Maman n’était pas là

Pas de réponse

Papa était parti

 

Affolés les gens se mettaient à courir pieds nus

inutiles mais soucieux devant le feu

Les gens ralentissaient,

s’approchaient,

avouaient c’est beau

c’est tragique

on n’a jamais vu ça

 

Deux voisins venaient de disparaître,

consumés

La nuit redevint parfaite

à peine trouée par la vieille lampe tempête

Les vaches hochaient la tête,

mais ne pipaient mot.

Elisabeth

 

Eté 2022… traces


 

 

Tout d’abord, apparemment, et même assurément, il a fait chaud, très chaud. Un été caniculaire comme jamais depuis 1947 disaient certains média. Une canicule à laquelle il allait falloir s’habituer puisque 2022 demeurera « l’été le plus frais du reste de notre vie ». Est-ce une formule choc des journalistes pour faire sensation ?

La réalité c’est que les incendies ont embrasé les forêts, que partout la faune a péri pendant que nous augmentions le niveau de la clim dans nos véhicules. Balade en forêt. Tout est sec, trop sec. Orages diluviens annoncés, on ne reçoit que quelques pauvres gouttes d’eau. Les arbres deviennent avides, leurs feuilles réclament de l’humidité, pompent goulûment les trop rares ondées. Partons vers des altitudes plus élevées où, au moins, nous parviendrons à dormir. Désertons l’intérieur du pays provençal pour la montagne noire. Retraite hors du monde et de son agitation. Mais ici aussi, à 1000 mètres d’altitude, on peut constater les dégâts de la sécheresse. Certains arbustes aux racines trop frêles ont littéralement séché sur pied et présentent déjà les couleurs de l’automne. Les animaux s’approchent des cours d’eau. Comme eux, nous traquons les lacs et leur relative fraîcheur : 26 degrés pour un lac de moyenne montagne. Catastrophe halieutique.

La quête de l’eau a commencé. Guerre du climat sur fond de guerre en Ukraine et de tant d’autres drames qui ont donné un goût amer à cet été 2022.
.Isabelle

 

 

 

Tout d’abord, apparemment, on allait en baver, en suer, en pleurer de chaud. Le sujet était incontournable et à la fois lassant. Envie de parler d’autre chose sans se laisser rattraper par la prégnance de la température ambiante. Envie d’échanger tout simplement le vrai du fond de nous, loin des poncifs ambiants rabâchés sur France inter dès le 5/7 pourtant épargné par la canicule. Bien étrange cette réaction qui projetait certains ailleurs, loin derrière, « Je me rappelle quand » …ou « tu te souviens ? » En fait c’est de fuite qu’il s’agissait une fuite merveilleusement emballée dans le tissu chatoyant de nos souvenirs. Jamais tant entendu les histoires de chacun sur la douceur de l’air, autrefois, quand il était petit, quand il installait dans la fraîcheur du soir son pliant, sur la terrasse aux dalles tièdes. Jamais tant entendu le rappel des maisons autrefois en Provence, quand on croisait les volets et qu’aucun bruit de climatiseur ne gâchait la sieste.

La nostalgie nous a sauvés, tous ailleurs dans nos mondes respectifs, l’œil posé en coin sur le mercure du thermomètre.
Sabine

 

 

Tout d’abord, apparemment, tout avait commencé comme d’habitude. Les journées s’étaient étirées, le soleil s’était imposé et avec lui, les cigales coutumières des étés méditerranéens. Et puis, le « trop » s’était installé : trop de chaleur devenue canicule, trop de moustiques-tigres aux piqûres aussi violentes que l’insecte est invisible, trop de sécheresse jaunissant champs et pelouses interdites d’arrosage, trop d’informations alarmantes après avoir été alarmistes, trop de feux de forêts gigantesques ici ou là, partout dans l’Hexagone et au-delà de nos frontières, sans compter les feux de la guerre, lointaine et proche à la fois, avec ces nouveaux migrants venant s’ajouter à tous ceux, désespérés en quête d’espoir, du continent africain. Cela devait durer tout l’été, heureusement ponctué de pauses bienvenues au-delà de la commune et même du département, propres à me faire oublier pendant quelque temps les inconforts du quotidien. Elles eurent aussi pour effet d’augmenter l’amer regret d’avoir décliné les invitations à me rendre en montagne, là où les nuits sont plus fraîches que les jours et où l’herbe est plus verte qu’en plaine. L’été prochain, me promis-je, l’été prochain, je ne referai pas la même erreur, quand les canicules séviront de nouveau, que les feux reprendront, puisque les humains sont décidément, définitivement déraisonnables… Indécrottables, aurait renchéri notre professeur de mathématiques en classe de 1ère ! Appliqué à notre nullité supposée en sa matière, l’adjectif nous faisait bien rire ; dans le contexte actuel, il ne me fait plus rire du tout, mais alors, plus du tout !
Claudine

 

 

   Apparemment l’été sera chaud. Déjà en Mai l’évidence est là ! Changement climatique, températures caniculaires, restrictions d’eau, sècheresse, incendies, autant de termes qui font le quotidien à la une des informations. La liste est longue pour s’enfoncer dans une morosité sans fin. En fond de ce tableau, la violence des guerres, en Ukraine et ailleurs dans le monde… un terrain chaotique pour la presse où certains se délectent. S’échapper, partir à la montagne pour un peu de fraîcheur. Que la montagne est belle ! Sous les mélèzes les campeurs apprécient chaque instant à l’air libre. Fini l’enfermement ! Les randonnées vers les sommets sont un délice. Oublié le vacarme mondial ! D’innombrables fleurs multicolores, la danse des papillons, le cri des marmottes et le chant des torrents sont maintenant sur le devant de la scène et enrichissent nos journées. Un orage imprévu, une coulée de boue assez impressionnante avec ses blocs de roche et tout le village se mobilise. Chacun est à la tâche pour déblayer la route. Quelques bavardages autour du phénomène, personne n’a trop envie de s’étendre mais chacun sait que ces décrochages de la montagne se répètent de plus en plus souvent. Ambiance solidaire, chaleur humaine, partage… on prend de la hauteur et que ça fait du bien ! Plus tard dans l’été interminable le port et le bateau qui nous emmènera sur l’île assaillie cette année. Comme ils disent à la radio, les destinations sont plus proches, moins d’exotisme, plus de simplicité. Les touristes pour la plupart restent sur la côte pour profiter de la baignade. Notre village accroché à la montagne reste calme et silencieux. Nous apercevons la mer au loin mais pas les vacanciers. La vallée au-dessous respire et nous respirons avec elle. Il y a toujours un petit vent dont nous savourons le souffle bienveillant. Les couchers de soleil sont sublimes. Peu de réseau, plus de nouvelles ! Le silence, un rapace qui tournoie dans le ciel, quelques chèvres et leurs chevreaux qui passent paisiblement, le ciel étoilé le soir, une chauve-souris au vol furtif qui se faufile d’un toit à l’autre… comme si de rien n’était.
Françoise

 

 

  CALIENTE 2022 aux Lecques Tout d’abord apparemment nous allions vers un été libéré des contraintes sanitaires de 2019, 2020 et 2021. Liberté et amitié, les retrouvailles, les routes, les trains, les avions, les embrassades, les fêtes, les foules, tout était ouvert. Les commerçants balnéaires se frottaient les mains, les plages privées se sont fait une beauté pour leur réouverture, déco de paille, de bambou et de bois exotique. L’été se présentait plein d’espoir.  Le mois de juin fut chaud, les bacheliers ont souffert pour leur révision et leurs examens. Les trains étaient remplis bien à l’avance, pas facile de trouver un billet. Il y eut énormément de monde sur les routes. Jamais la Méditerranée n’a été aussi « bonne », mais bonne pour qui ? Pour les baigneurs, les nageurs, les barboteurs, les lanceurs de balles et joueurs de raquettes. Enfin, pour les chanceux qui ont pu trouver une place de parking! Nous, la chance, on n’a que la rue à traverser pour être à la plage, donc tous les matins tôt, à l’heure des bébés tant qu’ils ont la place de construire des châteaux de sable, nous allions jouer au ballon jusqu’à la ruée de 11h. Mais les fonds sous-marins ont pâti de cette chaleur, de cette huile solaire dégoulinante des corps transpirants, des bruits de moteurs, des gaz et fuites de carburant, des remous et du saccage des ancres de la pléiade de véhicules marins. On dirait que tout est motorisé à présent, sur terre et sur mer, les trottinettes, vélos et même les planches de surf s’équipent. L’homme deviendrait-il assisté et handicapé, à chercher toujours plus de déplacements et plus de vitesse à moindre effort ? Et que dire de l’addiction au téléphone portable et aux écouteurs même pendant la baignade ? Hormis la navigation silencieuse et élégante des paddles et kayaks, des Optimists, catamarans et planches à voiles au milieu du tumulte, la baie est labourée des sillages de skis nautiques, bouées géantes, skurfs, jet-skis, hors-bords, et le ciel labouré de parachutes ascensionnels, ULM, longs courriers et hélicoptères de secours… et chaque midi, passe un bimoteur traînant une bannière publicitaire, réminiscence de notre enfance. C’était le poulet Cassegrain à l’époque, et là c’est pour la chaîne de magasins GIFI. Ma promesse quotidienne de cet été 2022 aura été de ne jamais y mettre les pieds.
Elisabeth

Armorique


Il n’y a personne. J’ai perdu encore quelques écrous. Je m’enfuis avant l’ouverture, vite, ils vont arriver. Le jour se lève et me fait miroiter et disparaître peu à peu.

Je suis le Fantôme Mécanique, l’âme de ce hangar autrefois dédié à la réparation des moteurs de barques, tracteurs et autres engins agricoles. Avant, lorsqu’il n’y avait que des fermes autour du village. Avant l’immigration massive des urbains, avec leur style industriel à la noix qui a conduit au feu tous les bahuts buffets armoires sculptées lits clos tables et bancs de chêne, fauteuils robustes où l’on ne pouvait s’asseoir que bien droit…

Je suis le fantôme créé par les vraies mains pleines de cambouis des industrieux, ces rougeauds en salopettes et casquettes crasseuses qui de génération en génération m’ont construit, assemblé, soudé, fantôme-fantasme à la silhouette élancée et musculeuse d’un Spiderman, héros mille fois redessiné, plus grand que la moyenne des gars du village.

Et me voilà planqué dans ce chantier naval, où le plastique a remplacé les bordées de bois, le Kevlar et l’aluminium les voiles latines couleur de rouille, les odeurs d’essence le bruit des rames. Il y a plein d’écrous dans des petits tiroirs, du bel et bon inox, j’en choisis quelques-uns, dans le fol espoir qu’un jour, peut-être…

Le temps lui n’a pas changé au cours des siècles, nuages et marées, en-dessus et en-dessous la multiplication des habitations et embarcations. Des gens d’ici qui m’ont connu au fond de l’atelier, il n’en reste peu, et dans leurs vieilles mémoires j’existe encore, la fierté du village, bien cachée du rare public de l’époque.

Dans la journée c’est en forêt que j’habite, avec mes amis les oiseaux. Perchoir scintillant, j’abrite leurs amours. A la tombée de la nuit, la hulotte ouvre ses grands yeux et me demande « À quoi tu penses ? ». Elle, c’est à son dîner urgent qu’elle pense, elle n’a rien avalé depuis la nuit précédente. Elle pense à ses œufs bien au chaud dans son ventre, à son nid douillet prêt à les accueillir incessamment. Elle et moi rôdons la nuit, tandis qu’elle vole parmi les arbres et les buissons, je parcours mes souvenirs.

La nuit est blanche sous la pleine lune. Festoient les fantômes, planent les écrous, le faucon-bélier rejoint les noctambules, la bière coule à flots dans les réminiscences des fêtes d’antan. Forêt de Brocéliande, le profane se frotte au sacré, résonnent les binious et tapent les sabots. Les êtres magiques sont de sortie, les anciens arborent les masques mythologiques des rituels renouvelés. La nuit est blanche, longue et secrète en cette grande marée.

Au matin les bateaux flottent, la plage est déserte, le temps n’a pas changé, gris et doux. C’est dimanche, la pleine mer attend ses ouailles, à voile et à moteur, cirés jaunes dans tout ce gris bleu vert beige, sous le vol immaculé des mouettes et goélands. Nul ici ne se doute de notre présence sous les feuillages et dans les canopées alentours, nul ici ne se doute de nos rendez-vous nocturnes mensuels tandis que les écrans les hypnotisent et les bistrots les alcoolisent.

Cette nuit, j’ai regagné quelques écrous, la hulotte a pondu et dort sur ses œufs, tandis que les oiseaux de la forêt volètent à travers ma silhouette creuse en piaillant de joie et de désir.
Elisabeth

 

Tonnerre de Brest …


 

 

 Depuis quelque temps, déjà, la Bretagne se rappelait à lui, par bribes. Des petits riens qui le faisaient tressaillir. Il se disait alors qu’il était temps d’y retourner, de réveiller ses gènes bretons, et de les laisser s’exprimer, à nouveau. Faire de la place à cette lumière si particulière, ces nuances infinies de gris et de bleu. Laisser l’odeur du goémon lui chatouiller les narines. Retrouver une certaine part d’enfance, et la laisser agir comme une marée montante. Puis reprendre le fil de la vie, et pourquoi pas la course de la vie…même s’il avait bien compris qu’il lui faudrait maintenant mieux gérer tout cela.

Il avait mené sa carrière professionnelle à grandes enjambées, sautant d’un continent à l’autre. Il avait connu le succès, et même une certaine renommée dans le monde des architectes. Il avalait tout, les différents fuseaux horaires, la pression des appels d’offre, puis celle des chantiers. Il semblait indéboulonnable. Jusqu’à ce jour de juillet où il n’avait pas réussi à sortir de son lit. Son corps, jadis d’acier, lui semblait tout d’un coup tout effrité, et ne répondait plus. Le diagnostic était tombé, implacable : Burn Out. Un corps et un esprit à marée basse, des idées sans suite qui se succédaient, une volonté dont le gouvernail ne répondait plus.

A une vie trépidante avait succédé un temps de pause obligatoire. Il ne gardait aucun souvenir des premiers temps, il se souvenait seulement que son esprit mâchouillait du gris, inlassablement. Rien n’arrivait à s’accrocher durablement dans son cerveau épuisé. Jusqu’à ce jour de juillet où sa femme, en ouvrant les volets comme chaque matin, lui avait demandé : « à quoi penses-tu ? ». A sa grande surprise, il avait répondu : « A une gorgée de bière fraîche ». Il avait ajouté, quelques minutes plus tard : « et à tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire ces 30 dernières années ! Si on partait tous les deux, à Quimiac ? »
Dominique

Une affaire à suivre...

De marées…


Nuit blanche et matin d'été

Elle avait soif. Il avait fait si chaud cette nuit. Elle a bu cette bouteille jusqu’à la dernière goutte. Son gosier a réveillé ses sens comme des fleurs desséchées qui reprennent vie. L’estomac a accueilli la fraîcheur et tout le bas du corps a répondu par une onde satisfaite. Le jour commençait à poindre. Dehors, les arbres affichaient leurs feuillages sur le fond clair. La matinée allait être nuageuse.
Elle a posé cette fiasque de verre et retourné l’étiquette : la bière s’appelait « Nuit blanche ». Six heures du matin, il n’y avait plus que ça dans le frigo. Elle ne s’était même pas couchée. Dans la chambre, le lit était resté fait, les oreillers posés et non froissés. Elle n’avait ni dormi, ni pris la moindre minute pour s’allonger.
Il fallait qu’elle écrive. Il ne fallait pas rater çà, sinon, ce serait comme un rêve qui disparaît après le réveil. Il fallait donc cette nuit blanche à bannir le sommeil pour raconter tous ces événements. Elle avait tellement peur de l’oubli. Elle avait donc écrit toute la nuit, d’un seul jet, sans trop se rendre compte des heures calmes qui passaient. A présent, c’était le jour. Les nuages étaient là comme prévu. Elle est sortie. Il lui fallait un peu d’air et de mouvement pour répartir le breuvage dans son corps alourdi. Elle a pris le sentier sablonneux de la plage.
Dans la petite baie, il n’y a personne. La marée a commencé son chemin descendant. Il y a des bateaux qui reposent sur leurs dérives et gouvernails, comme de gros poissons sur leurs nageoires. Elle, la méditerranéenne, elle n’a pas souvent vu ça, et en tous cas, comme ici, jamais. Elle s’est dit que c’est un beau spectacle et qu’elle aurait pu mourir idiote de ne jamais l’avoir contemplé. Elle est seule ici. Dans la petite baie, sur cette plage, il n’y a personne. Elle se dit qu’un observateur l’aurait vite repéré. Elle pense à Vendredi sur l’île de Robinson Crusoé.

Si elle pouvait, elle se mettrait à courir, mais il y a le poids de cette nuit blanche. Elle a longé la route qui arrive là. Elle va chercher un commerce ouvert. Pourtant, il est encore tôt. Dans la rue, bien sûr, tout est fermé. Heureusement, il y a des vitrines. C’est là qu’elle s’arrête devant cette galerie d’arts avec cette sculpture qui représente un homme qui court. Il est tout constitué d’écrous hexagonaux. C’est cette étrange table de six qui prend la fuite devant elle, sans bouger. Tout à l’heure, elle voulait courir et le voilà lui, ou elle pourquoi pas, qui détale dans son costume de quincaillerie.
Elle sourit intérieurement. Flâner, ça donne parfois des idées. Est-ce qu’elle va écrire ça aussi ? Elle aurait bien besoin de se mettre quelque chose dans le ventre. Elle se sent un peu engourdie. Ça la prend autour des yeux et dans les chevilles. Elle n’a pas d’autre choix que de revenir. La revoilà sur la petite grève. Ce n’est pas possible la vitesse de la marée. Les bateaux sont maintenant tous des échassiers avec leurs becs et leurs pattes dans la vase. Leurs ventres sont à l’air. Un pâle soleil s’est levé et éclaire quelques façades. Elle n’est plus seule, elle a vu d’abord que d’autres traces que les siennes se sont imprimées dans le sable, puis elle a vu les deux types penchés sur les flaques d’eau. Des pêcheurs à pieds, elle n’en avait jamais vus, ça non plus. Que peuvent-ils rechercher ? Est-ce qu’ils vont attraper des palourdes ? Pour un peu, elle aurait envie de spaghettis, avec ces coquillages, bien al dente, comme les aime son amie sicilienne ; elle fera exception aujourd’hui ; dans sa famille napolitaine, on les préfère plus tendres et plus cuits. Elle n’ose pas aller leur parler. Elle n’a que ses palourdes dans la tête, pas des vers d’appâts.

Elle revient à la maison, elle aime bien cette tour, ça lui rappelle celle où Montaigne avait placé sa librairie, avec le trou pour évacuer sur les murs, en ces temps où les chasses d’eau n’existaient pas et cet autre orifice-fenêtre, vers la chapelle, pour assister incognito à la messe. Elle n’a pas oublié ça, elle qui écrit systématiquement tout, elle ne l’a jamais noté, mais c’est resté dans sa tête. Si elle pouvait, elle monterait l’escalier, on lui a dit qu’il faisait 72 marches, tiens c’est aussi un multiple de six, pour accéder à la terrasse là haut.
Il fait grand jour à présent, sur le mur aveugle, peut-être le pignon nord, il y a cette affiche avec l’oiseau de nuit qui dit : A quoi tu penses ? Ce n’est pas compliqué est-elle tentée de lui répondre, je viens de l’écrire, là…
Puis, elle a vu le pigeon qui regarde cette chouette de papier.
Pourquoi, ne se métamorphoserait-elle pas en pigeon ? A vrai dire, après cette nuit blanche et cette petite promenade, elle est pleine de messages.
Gérard

Atelier nomade avril 2022, « Passage de la mode »


 

 

 

 

 

L'invitation durant ce week-end à écrire autour de l'idée du vêtement, celui d'hier et d'aujourd'hui, le nôtre ou celui de l'autre pour, entre « projets, finitions, coupes et corrections » tisser les mots de vos saisons...

 

Des Je me souviens, à la manière de Perec...

Je me souviens de cet ensemble Cacharel troué en trébuchant la première fois que je le portais.
Je me souviens du regard scandalisé de ma grand-mère à la vue de la culotte rose fuschia portée sous ma robe de mariée.
Je me souviens de cette mini-robe sexy en mohaire noir que je mettais en frigo pour la préserver.
Je me souviens du magazine 100 idées et de ses modèles faciles et gais que je cousais et tricotais pour mon bébé.
Je me souviens des jolies culottes à trous trous tricotées par mon arrière-grand-mère, dont j’avais honte.
Je me souviens de ce chandail tricoté avec les laines détricotées de pull-overs de mon père.
Je me souviens de ce même pull s’arrachant des filières du voilier et se perdant dans l’océan.
Je me souviens de l’atelier de couture de ma grand-mère d’où sortaient à chaque saison les nouvelles tenues des bourgeoises marseillaises.
Je me souviens du carton de bouts de tissus somptueux de toute une vie de couturière.
Je me souviens des robes racontées avec mille détails et anecdotes pour chacun de ces bouts de tissus exhumés.
Je me souviens des vêtements excentriques, et les chaussures aussi, de ce magasin soldant les grandes marques.
Je me souviens des vêtements improbables chinés aux Puces ou au vide-grenier, veste noire en cuir et peau de chèvre, perfecto en skaï rouge…
Je me souviens de cet immense pull gris-vert à torsades piqué à mon mari et porté encore longtemps après le divorce.
Je me souviens des années en uniforme jean 501 délavé et pull noir moulant.
Je me souviens des tricots de peau – maillots de corps – marcels et des slips kangourous de mes petits frères.
Je me souviens des combinaisons en nylon sous les robes.
Je me souviens de mes tabliers d’écolières, uniformes bleu marine à croquet blanc à l’école religieuse puis blouses en nylon bigarré à l’école communale.
Je me souviens d’avoir entendu que j’étais plus belle nue que vêtue. Je me rappelle de l’odeur des magasins de tissu à nulle autre pareille, odeur feutrée parfumée de naphtaline .
Je me rappelle des culottes courtes de mes frères et des jupes plissées de ma sœur et moi, pas le droit de porter des pantalons longs avant le collège.
Je me rappelle des barboteuses brodées à la main, des robes à smocks et à dentelle de ma toute petite enfance.
Je me souviens de toutes les couleurs à la mode qui se supplantaient chaque année.
Je me souviens de mains timides glissées sous le bord des vêtements. Je me souviens des tas de vêtements éparpillés en hâte au pied du lit. Je me souviens de la machine à coudre offerte par ma belle-mère après le divorce.
Elisabeth

 

 

Je me souviens du blue- jean que me piquait ma sœur régulièrement.
Je me souviens que je râlais « tu vas encore me l’élargir ».
Je me souviens de l’émotion que provoque l’achat du premier soutien gorge.
Je me souviens de la robe rose en laine offerte par mon père quand j’ai six ans.
Je me souviens que j’étais plutôt un garçon manqué à cheveux courts et pantalons.
Je me souviens de la photo de Marilyn M. dont la robe se soulève au dessus d’une bouche de métro.
Je me souviens que j’avais appris à faire un noeud de cravate pour je ne sais quelle cérémonie.
Je me souviens des vêtements qualifiés de hippie chic que porte Diane Keaton dans le film de Woody Allen « Annie Hall ».
Je me souviens des commentaires sur la robe que portait Cécile Duflot nouvellement nommée au gouvernement.
Je me souviens de la coquetterie flamboyante des femmes d’Afrique de l’ouest.
Je me souviens que je me trouvais vraiment moche à côté d’elles avec mon short tout fripé.
Je me souviens de mains tâtonnantes dans le noir qui cherchent l’attache de mon soutien gorge.
Je me souviens de mains plus expertes qui elles ne cherchent pas.
Je me souviens qu’une copine m’a raconté le plaisir charnel de ne pas porter de culotte. Et celui aussi de ne pas porter de soutien gorge.
Je me souviens qu’on dit d’une femme qu’elle a « une tête à chapeau ».
Je me souviens que Brigitte Macron porte toujours des robes ou des jupes qui lui arrivent au dessus du genou.
Je me souviens de mon fils qui recouvrait son crâne de la capuche de son sweat souvent noir comme tous les adolescents.
Je me souviens d’un beau pull en cachemire porté une seule fois car lavé trop chaud.
Je me souviens que Céline Dion a déclaré posséder plusieurs centaines de paires de chaussures.
Je me souviens que les Guignols de l’info représentaient la femme de Jacques Chirac la main crispée sur son sac à mains
Djamila

 

 

Je me souviens du corset de ma grand-mère qui faisait ressortir les bourrelets de graisse.
Je me souviens des vêtements de travail de mon père épais et tachés de sang.
Je me souviens de l’horrible casquette que je devais porter à l’école.
Je me souviens du pantalon d’hiver en tissu qui grattait et que ma mère repassait systématiquement.
Je me souviens de la tunique rouge cousue par ma sœur et que je portais pour le spectacle de Noël.
Je me souviens d’une robe bleue transparente dans laquelle tu étais nue.
Je me souviens de tes gants en cuir dont les bouts sont coupés pour le vélo.
Je me souviens de ta jupe colorée et fleurie que tu faisais flotter en descendant l’escalier.
Je me souviens du string qui me faisait déglutir un instant.
Je me souviens de l’anorak dont la fermeture éclair coince systématiquement et que je garde pourtant.
Je me souviens de la photo où ma sœur et moi portons des costumes bretons rien que pour le cliché.
Je me souviens des slips féminins de dimensions surnaturelles séchant sur le fil à linge de la voisine.
Je me souviens des pièces en plastique que ma mère collait avec le fer à repasser aux coudes de mes pulls usés. Je ne me souviens plus de ce que je portais le 11 septembre 2001.
Je me souviens des difficultés à dégrafer les attaches de soutien-gorge.
Je me souviens des casquettes horribles que portait mon père.
Je me souviens des premières chaussures à bouts pointus que je portais à l’époque « yéyé ».
Ben

 

 

Je me souviens de sa robe fuschia et de ses bras nus au hâle si parfait et si lisse. Dans les tribunes du Palais Bourbon, un jour du printemps de 1976, l’étudiant que j’étais écoutait Simone Veil défendre son projet de loi anti-tabac.
Je me souviens de mes pieds mouillés ce matin d’été, dans les champs près du Mont-Blanc. Mes baskets neuves ne résistaient pas à la rosée.
Je me souviens de la fourrure du manteau de ma grand’mère que j’aimais caresser.
Je me souviens de la tache de tapenade sur mon pull-over.
Je me souviens de la brûlure sur ma veste et des cendres de ces cigarettes.
Je me souviens de la déchirure et du trou à mon genou dans la flanelle, après une chute sur le terrain de foot.
Je me souviens des craquements de mon short trop petit.
Je me souviens des cravates d’un autre temps, je me souviens des nœuds.
Je me souviens des premiers laçages et de mes maladresses avec ces étranges ficelles.
Je me souviens de ce vieux jean gris acheté sur le marché et qui déplaisait à ma fille.
Je me souviens du déclic du container et du nœud du sac-poubelle, quand je l’ai jeté avec une vieille paire de baskets ;
Je me souviens de son maillot de bains avec des fleurs blanches. La lumière du couchant était douce, le ressac nous chantait le bonheur de l’avenir. Le petit bruit du velcros que l’on détache du col pour se dégager la gorge. Le froissement des draps et de nos respirations régulières, alors qu’un œil s’éveille dans la nuit. Le long zip de la parka qui se referme. Un vêtement ça parle, mais toujours à voix basse.
Gérard

 

 

 

 

Je me souviens que le t-shirt ressemblait à un T.
Je me souviens que les body ressemblaient à un corps.
Je me souviens que les «  strings» ressemblaient à des cordes.
Je me souviens que les « tops » donnaient le départ d’une aventure.
Je me souviens que les bermudas faisaient rêver.
Je me souviens que j’ignorais d’où venait le mot trench-coat.
Je me souviens que je disais « sweetshirt » comme pour un bonbon.
Je me souviens des nuisettes en nylon.
Je me souviens des combinaisons qui se mettaient en vrille sous les vêtements.
Je me souviens des bas qui tenaient tous seuls.
Je me souviens des incontournables jupons en dentelle de Calais.
Je me souviens des cerceaux métalliques sous les jupons.
Je me souviens des motifs géométriques des robes de Courrèges.
Je me souviens des complets aux trois pièces.
Je me souviens des tennis Stan Smith en cuir épais.
Je me souviens du bout pointu des chaussettes tricotées à la main.
Je me souviens que les pattes d’ef trempaient dans la boue quand il pleuvait.
Je me souviens des pulls en laine Anny Blatt tricotées aux aiguilles n°1.
Je me souviens des gilets tissés qui sentaient le mouton.
Je me souviens de ma première polaire lourde et inusable.
Je me souviens des bikinis en vichy rouge et blanc.
Je me souviens des pantalons de ski terminés par une patte à glisser sous le pied.
Je me souviens des mouchoirs de Cholet grands comme des serviettes de table qui faisaient gonfler nos poches

Sabine

 

Six fois six, cycle écriture de nouvelles 2021/2022


  D’octobre 2021 à mars 2022 ils étaient six à tisser chacun(e) six histoires autour d’une photographie en multipliant les points de vue : c’était le projet de ce cycle d’écriture de nouvelles.

Pour retrouver les textes réunis en un recueil, joindre le contact: 06 13 50 34 94.

Cycle écriture de nouvelles 2020/ 2021


 

   Un drôle de combat

Il a cinquante-cinq ans, et restaure, seul, une bergerie dans la Vallée Etroite. Il choisit exclusivement des matériaux régionaux. Il dénonce le coût des transports. Il porte toujours un jean bleu foncé et un pull en jacquard couleur bordeaux. A vingt ans, il réside au hameau du Roubion, et décide de s’engager dans la protection de sa vallée. Il dérange par ses convictions, son esprit sans concessions. En 2010 il participe à la Marche Transalpine pour le respect de la biodiversité. Il aime le terrain, le combat, l’engagement. Il dénonce la hausse du prix des terrains, le tourisme. Il exaspère. Il a dix-huit ans quand il effectue son service militaire dans les chasseurs alpins. Il envisage sérieusement de s’engager dans l’armée mais son rapport complexe à l’autorité le fait renoncer au dernier moment. Il n’est pas grand mais son corps est modelé par des années de pratiques sportives en montagne. A trente ans, il survit à une coulée d’avalanche dans le massif des Ecrins. Il entre au mois de mai 1998 au Service Départemental d’Incendie et de Secours. On le dit mutique. Mais ses moues valent tous les discours. Quand il prend la direction du refuge des Trois Monts, qui appartient au réseau Oxygène +, il écrit à sa mère que sa vie est là... A cinquante-cinq ans, vêtu de son éternel jean bleu foncé, il décide de faire, à pied, le tour des villes et des villages de son département pour témoigner de ses années d’observation en montagne. Son combat pour la préservation des sites lui vaut beaucoup d’inimitiés. Il dénonce l’abattage des arbres, la corruption des élus. Le 22 mars, il est pris à parti par des motards éméchés, qui l’agressent à coup de casque. Le réchauffement climatique le hante. On ne lui connaît pas de famille, seulement des convictions. Cela lui jouera des tours. A l’aube de ses soixante ans, et malgré ses précédents échecs, il décide d’entamer une dernière action de sensibilisation auprès des élus de son département. Le soir il sera mort, il est beaucoup trop gênant.

Dominique Fouassier, juin 2021
Illustration Ed Fairburn

 

 

 

  Le petit déjeuner

Elle ouvre les volets de la porte fenêtre qui donne sur le jardin. Il ne pleut pas. Les quelques rayons de soleil qui ne jouent plus avec les nuages réchauffent un peu l’intérieur de la maison. Sa robe de chambre est usée mais bien chaude. Elle va prendre le petit déjeuner à l’intérieur. Il fait encore un peu frais dehors et elle pourrait attraper du mal. Derrière le haut mur de clôture du jardin, un bruit de tracteur qui passe. Les tracteurs sont de plus en plus gros et vont de plus en plus vite. Le hameau est trop petit pour qu’ils mettent des ralentisseurs, et le maire soutient son électorat paysan. La serrure du lourd portail en fer de l’entrée principale est fermée à double tour. Il n’est plus ouvert tous les jours.

Elle met de l’eau de bouteille à chauffer sur le gaz, elle allume le four pour réchauffer le croissant. Et aussi le pain d’hier sur le grill. Ca lui laisse un peu de temps pour prendre des médicaments. Bon, ne pas se tromper, ne prendre que ceux prescrits pour ces dix jours et les habituels, les journaliers. Avec ce qu’elle a pris hier soir, elle a bien dormi. Le pain sur le grill commence à fumer. Il est encore noirci mais elle l’aime ainsi. Dehors, les oiseaux sautillent, ils attendent les quelques miettes qu’elle va leur donner après le petit déjeuner. Non, maintenant, car le petit rouge-gorge est là. Il faut lui donner tout de suite avant que les pigeons arrivent et le chassent. Avant, le chien courait après, mais il n’est plus là, son maître non-plus. Elle a tondu la pelouse hier avec satisfaction et elle aime sentir cette odeur d’herbe fraîchement coupée. Le cerisier du Japon a bien tenu l’hiver. Le romarin et le rosier se disputent le coin près de la porte fenêtre. Il faudra en replanter un des deux ailleurs. Peut-être près de la buanderie.

L’eau bout pour le thé vert. Le grand bol bleu bien rempli pour démarrer la journée. Elle sera comme les autres, à moins que le chauffagiste ait le temps de passer pour la chaudière. Noter sur le bloc note ce qu’il faudra lui demander. Il est serviable et il pourra peut-être changer l’ampoule  du lustre de la salle à manger.

Sur la table, s’entassent les revues et les journaux. Peu de place pour accueillir des convives. D’ailleurs, il n’y a plus d’invités. C’est trop de soucis. Il faudrait tout nettoyer, essuyer tous les bibelots, les vases, les cendriers souvenirs, épousseter tous les meubles de la grand-mère, toute la poussière qui vient si vite surtout quand on allume la cheminée; et puis il faudrait  leur faire à manger. Une tarte pour le quatre-heures, ça c’est possible, mais une  amie à la fois, pas plus, en étant prévenue à l’avance. Et qui pourrait passer ? La voisine ? Elle est très gentille. Elle m’aide pour les courses. Elle a deux enfants en bas âge et est très occupée. Avant, je pouvais sortir, aller voir une expo avec Christine, mais elle a déménagé, j’ai des nouvelles par téléphone. A deux, c’est plus sympa. Maintenant, je ne connais plus personne que ça intéresse. Seule, ce n’est pas pareil.

Est-ce que j’ai pris ce médicament-là ? Oui, je l’ai posé sur les journaux. Tiens, je n’ai pas lu la revue reçue hier… Il y a tellement de choses à penser et à faire.

Dehors, ça s’assombrit, il risque de pleuvoir.

Gilbert Benony, le 19-03-2021

 

 

 

Avant de fermer les yeux

Dans le fouillis des herbes sèches, les bâtons dégagent un alignement de quelques pierres taillées, la rigole de granit est toujours jointive. Un beau travail que n’aurait pas renié le burin du sculpteur.

En regardant leur découverte, les deux frères perçoivent comme un cliquetis de chaîne au cou des vaches, un grognement de bête qui se couche, un froissement de paille, comme un remugle de fumier.

Il ne reste presque rien mais c’est sûr, l’étable était là.

Le but de leur périple était bien de retrouver ce vestige désert sur le haut plateau ardéchois.

Les genêts et les fougères envahissent l’espace en contre-bas. Le vent pousse des vagues dans la prairie jaunie entre les touffes végétales. On n’a plus fauché depuis longtemps.

Ici, les hivers ont été terribles, jusqu’à trente degrés au-dessous de zéro et la Burle qui soulève des montagnes de neige, bâtit en quelques heures des congères infranchissables. Un vent qui ne permet pas aux plus forts de rester droit, qui tue les égarés.

Ce soir, les grillons accomplissent leurs derniers rites et les frênes têtards ont encore leur feuillage au-dessus des chemins creux, des chemins qui ne résonnent plus du passage des charrettes.

Personne ne coupera plus les jeunes rameaux pour nourrir les bêtes à la fin de l’été. Une moisson dans les arbres plantés exprès le longs des chemins, qui préservait le foin d’un hiver qui allait durer sept mois.

Quelques murets de pierres sèches ont résisté aux sangliers. L’obstination des mains nues les avaient érigés. Assurer pendant les mois sans gel, la survie annuelle de toute la ferme. L’obsession de cultiver et faire provision avant la neige suivante. Les mauvaises années tuaient bêtes et gens.

Comme une grosse lèvre, les nuages venus du Sud recouvrent lentement la montagne. Ils entendent encore la vieille Célestine de leur enfance qui leur parlait français mais qui avait gardé les tournures de son patois natal. « Quand c’est Marin, les bêtes se serrent, elles coupent les clôtures ». Ils comprenaient « Quand le vent vient du Sud avec son brouillard, les vaches inquiètes s’agglutinent au coin des pâturages et les clôtures peuvent céder sous la poussée du troupeau ».

Si le vent ne tourne pas, il y aura de la pluie cette nuit.

Dans la lumière dorée du presque soir, tout est relief. Pendant ces quelques minutes de grâce, le moindre nuage de moucherons est une pensée magique.

Le taureau et ses vaches ruminent tranquillement regroupés comme par hasard dans le pâturage. Ici, les bêtes ne connaissent plus la main de l’homme, elles ne rentrent plus le soir pour la traite, elles ne sillonnent plus les chemins. Et les ronces envahissent. Sur quelques rares sentiers, les cisailles et les scies des associations de randonneurs remplacent les troupeaux qui faisaient du propre de tout ce qui dépassait.

Cette nuit, toutes ces cornes dormiront à la belle étoile.

Méfiez-vous de leur placidité bovine, même les loups qui sont revenus ne s’y frotteront pas.

Ils appuient les bâtons contre la voûte effondrée, les sacs glissent des épaules. Ils déplient la carte d’état-major et le vieux cadastre napoléonien. Ils vérifient leurs repères, les deux ruines, le chemin, les courbes de niveau, reviennent aux cartes. Aucun doute, c’est bien ici.

En fouillant le lieu, ils exhument un clou mangé par la rouille, un clou de charpente forgé, une lauze ébréchée avec son trou de montage. Des reliques qui avaient peut-être connu la main de Victor.

Victor était donc né ici, il y a près de deux siècles, leur ancêtre.

A peine emmailloté, bien protégé sous la grosse veste de son père, le nouveau-né avait survécu aux quatre heures de marche dans la neige pour être baptisé le matin de Noël mil’ huit cent cinquante-six. C’était l’aîné.

Vingt ans après, le jeune-homme robuste avait quitté la ferme et ses onze frères et sœurs pour aller s’embaucher dans un village à douze heures de marche. Un nouveau puits de mine avait ouvert dans les Cévennes.

Au grand dam des maîtres du charbon, il remontait chaque année à la saison, le père commençait à vieillir.

L’été de ses vingt-huit ans, il était revenu avec Marie et leurs trois enfants.

Leur dernier né, Clovis, était mort pendant la moisson. Il avait quatre mois.

Cette nuit,Victor sera avec eux, la pipe au creux de sa main calleuse. Ils fumeront en silence en regardant le feu.

Tous siècles confondus, ils s’allongeront dans l’herbe sèche, le nez dans la nuit sans lune, ils finiront par fermer les yeux.

Une étoile filante écorchera l’au-delà.

Yves Delord

Marseille, 19 février 2021

Echauffement


On les emploie comme on respire ces expressions toutes faites, clichés familiers... avant d'en faire un texte " mise en bouche":

 

Ça sent l’arnaque ! L’homme est trop sympathique, ses propositions sont trop alléchantes. Je ne crois pas à cette procédure si rapide sur son site Internet. Mais il m’a dit qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, quelques clics ne coûtent rien, on peut de toutes manières aller voir sur l’écran ; il ne faut pas en faire un fromage, une simple consultation, c’est tout !

Assis devant l’ordinateur, on entend voler les mouches dans cette pièce. Pour accentuer le silence, j’ai même enfoncé dans mes oreilles deux boules Quiès 
et j’ai allumé.

Mais ma bécane, c’est un canard boiteux. Il faut attendre la connexion au réseau et subir quelques messages imprévus. Pour jeter de l’huile sur le feu, une alerte au piratage s’affiche sur l’écran.

Cela fait près de deux ou trois minutes que j’attends. Je vais battre le fer pendant qu’il est chaud. Je clique. L’étrange lucarne reste noire. Comme un cheveu sur la soupe, mon téléphone se met à sonner. Je l’entends à peine. J’attrape l’appareil, un numéro inconnu s’affiche. Le temps de regarder, l’appel est interrompu.

Finalement, je n’en suis pas mécontent. Si le type set correct, il m’aura laissé un message. Je vais attendre un petit peu, me garder une poire pour la soif.

De toute façon, j’attends toujours cette fichue connexion. Enfin, quelque chose apparaît. C’est le dernier courrier que j’avais rédigé. Pourquoi ne s’était-il pas fermé ? Je le sauvegarde et reviens à la page d’accueil. On n’a pas beaucoup avancé.

Je clique à nouveau sur l’icône Google. Un petit cercle bleu se met à tourner lentement. J’ai le temps de consulter ma messagerie téléphonique. Je suis sûr que c’est encore ce type qui vient me jeter de l’huile sur le feu : « Il n’y a pas de mal à se faire du bien, quelques clics ne coûtent rien… ». C’est vraiment la fin des haricots !
Gérard

 


Récit de vie

Récit de vie

Le « Récit de vie » correspond à la narration par une personne des différents évènements de sa vie racontés en général par ordre chronologique jusqu’à un jour déterminé dans le temps. Le Récit peut porter sur l’ensemble de sa vie ou seulement sur certains épisodes jugés intéressants, un voyage, une période déterminée, une carrière professionnelle, sportive…

Comment cela se déroule-t-il ?

Nous nous rencontrons une première fois pour parler du projet et fixer un objectif. Nous nous revoyons ensuite plusieurs fois afin que je recueille votre récit (je l’enregistre) selon un rythme qui vous convient

Je retranscris l’ensemble de l’enregistrement. J’ordonne les évènements qui souvent sont imbriqués les uns dans les autres, je les regroupe de façon chronologique, je les mets au clair.

J’effectue ce travail d’écriture qui consiste à passer du langage oral au langage écrit, même s’il est important parfois de conserver des expressions typiques ou des exclamations !

J’introduis les photos, les articles, les illustrations que vous me fournissez qui font la richesse de ce récit et le rendent unique.

Je mets en forme ces éléments émaillés de photos, d’illustrations et de souvenirs personnels, en un livre personnalisé à garder, à offrir.

Mon parcours

Thérapeute du langage, Formatrice, Enseignante, j’ai animé de nombreux séminaires, cours et conférences destinés à mes collègues, aux personnels soignants ainsi qu’aux Etudiants de l’AMU (Aix Marseille Université).

Sous la direction de Boris Cyrulnik et du Pr Delage, dans le cadre d’un Diplôme d’Ethologie, j’ai étudié le rappel des souvenirs.

Par la suite j’ai suivi  une formation universitaire au recueil et à la composition du récit de vie.

Ma participation régulière à des ateliers d’écriture a confirmé le goût que j’ai pour ce mode d’expression. Ces trois valeurs essentielles pour moi que sont l’écoute, l’accompagnement et l’écriture, je les retrouve maintenant dans cette activité d’Ecrivain-Biographe.

Extraits de récits de vie

Le voyage, rien ne m’y prédisposait sauf qu’il m’a sauvé d’une souffrance à un moment donné où nulle part je ne trouvais ma place.
Alors que j’ai eu une éducation classique, religieuse et que tout était fait pour que j’aille vers des études universitaires, d’un coup j’abolissais tout ça.
A l’âge de douze ans j’étais un apostat. C’était fini, j’étais révolté, déçu, on me mettait à l’index. Je me suis rendu compte que ce monde était vicié, qu’on pouvait abuser d’un pouvoir.

Dérouté par cette absence de spiritualité, il fallait que je me retourne vers quelque chose qui soit assez solide pour me nourrir.
C’est la nature qui a répondu à ce besoin, les étoiles, la traversée du désert, la mer, la rencontre des continents, des peuples dont je ne parlais pas la langue, leurs sourires, l’invitation à partager un morceau de pain, à aller danser, le don du cœur.
C’est dans le voyage que je faisais carrière, loin de l’Université !

Je suis née au Plan du Castellet le 20 Octobre 1923.
A cette époque, le plan du Castellet, était un petit hameau situé sur la route qui serpente en descendant du Beausset vers Bandol, dans le Var.
Mon père, Antoine D. est né en 1900.Il était viticulteur et travaillait au Domaine Tempier, c’était un homme très doux et gentil.
Ce domaine appartient à la même famille depuis 1834. Le vignoble existait déjà sous Louis XIV mais la bastide fut construite en 1834 et 1885. Son véritable départ est le fait d’un mariage, celui de Lucie Tempier, qu’on appelait Lulu, héritière du domaine, qui épouse en 1936 Lucien Peyraud, fils d’un armurier de Saint Etienne, passionné par les vignes. Ils s’installent tous les deux au domaine en 1940. Ils vont devenir les parents spirituels du Bandol et de sept enfants !! Lulu Peyraud est morte centenaire, elle allait se baigner et buvait son verre de vin tous les jours !

Mon père est décédé en 1980.

Ma mère, Marie- Louise B., est née le 14 Août 1903. Elle aussi travaillait chez les Peyraud, tantôt à l’entretien du domaine, tantôt dans les vignes. Elle décédera en 1983.
Ils m’ont prénommée Rose, Emmanuelle, Baptistine, du prénom de ma grand-mère paternelle que je n’ai pas connue. On m’appelait Rosette.


Atelier de lecture

Atelier de lecture

Le coin lecture, c'est un espace ouvert à vos émotions de lecteur, lectrice.

Cinq à sept autour d’un ouvrage d’Annie Ernaux, le 26 février 2023


 

Dans la version rénovée du site de l'association un onglet " Atelier lecture" pour partager sur nos lectures, coups de coeur ou découvertes redécouvertes.

La proposition à l'essai: une rencontre zoom par trimestre, un dimanche soir en cinq à sept, fin de week-end au coin du feu- ou du radiateur- cet hiver, autour d'un(e) auteur(e).
Nous testons la formule le dimanche 26 février avec un ouvrage d'Annie Ernaux.

 

Un point commun entre Le Jardin des Finzi Contini et L’Amie prodigieuse


Quel est le point commun le plus important, entre Le jardin des Finzi-Contini de Giorgio Bassani et L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ? Dans les deux cas,
nous sommes en Italie, certes, dans la plaine du Pô, à Ferrare, pour Bassani, et à Naples pour Ferrante, c'est-à-dire au nord opposé au sud.
Le point commun important est dans la structure du récit. Dans les deux cas, le narrateur extérieur emploie le « je », pour décrire une adolescente qui suit son
chemin, tout cela dans un même système éducatif, où perce l’importance de la culture classique. De fait, c’est le seul point de rapprochement entre Micol, la jeune fille d’un milieu juif et aisé, dans le fascisme annonciateur de la tragédie et Lila, la fille du cordonnier d’un quartier populaire, dans les années 50.
Les deux livres revivent donc l’histoire de l’Italie à deux moments cruciaux du 20 ème siècle, à travers un prisme narratif commun. L’amie prodigieuse reste
cependant une description pittoresque de la vie napolitaine dans le milieu des petits artisans, commerçants, fonctionnaires de l’époque, à travers le regard
d’une enfant qui grandit. Les personnages sont si nombreux que l’auteur a cru bon, d’insérer un index au début du livre.
Mais il est un personnage, qui n’y est pas contenu, puisque c’est une chose.
C’est un fil conducteur amusant dans ce roman, c’est…une paire de chaussures.
Gérard

 

Une rubrique lecture


Une rubrique pour formaliser nos échanges autour des livres, écrire sur nos ressentis, nos réflexions...

Chien 51


Novembre 2022

Chien 51, Laurent Gaudé,
Actes Sud

C'est « l'envie de se frotter à l'anticipation » qui a inspiré le thème de Chien 51 à Laurent Gaudé, une dystopie que j'ai trouvé pour ma part singulièrement troublante et dans laquelle je ne suis pas rentrée sans réticence. Il est en effet facile et inquiétant d' identifier dans notre monde actuel les germes de l'univers imaginé par l'auteur : dérèglement climatique devenu patent, perte des libertés individuelles, société à plusieurs vitesses, les dérives de l'ultralibéralisme…

A l'origine de cette contre- utopie, Laurent Gaudé imagine qu'après sa faillite, la Grèce est achetée par une énorme entreprise mondiale, Goldtex. Les grecs sont alors exilés dans un monde privatisé, Magnapole,  dans lequel il n'y a plus de nationalité.

Les citoyens grecs y sont devenus des sortes de salariés de Goldtex, des cilariés (amalgame des mots citoyens et salariés...)

Thriller d'anticipation Chien 51 commence une trentaine d'années après l'arrivée du personnage principal, Zem Sparak, à Magnapole. Dans la cinquantaine, l'ancien citoyen grec devenu flic est amené à enquêter sur un meurtre sordide et mystérieux. On lui impose de travailler en tandem avec une jeune femme qui n'a jamais connu que Magnapole, son organisation, son ordre, ses limites.

En même temps que le récit de l' enquête se déroule le fil de la mémoire de Sparak, mémoire d'un monde perdu qui éclaire, réminiscence après réminiscence, les circonstances troubles de son arrivée à Magnapole.

On se laisse prendre à l'atmosphère singulière installée par l'auteur et on ne boude pas son plaisir à la lecture de ce roman pourtant sombre.

Extrait :

«  Quelque chose n'était plus là. Il n'éprouvait pas de haine, ne désirait pas changer de quartier, ou de poste. Il était anesthésié. Et peut-être au fond était-ce ce qu'exigeait GoldTex. Une dissolution totale de l'individu dans le grand projet commun. N'être plus rien qu'un corps qui travaille." (page 48)

Chien 51


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