un atelier d’écriture comme espace d’expression et de communication.

Cycle écriture de nouvelles 2020 2021 (4)

Posté on 28, juillet 2021

Elle remet le moteur en marche.

Et la radio aussi

En sourdine

Ses yeux sont humides, une larme coule le long de sa joue jusque dans son cou.

Qu’elle n’essuie pas.

Rien mangé ce matin

Une nuit de rêves enchevêtrés et une sensation de vide.

C’est un lundi matin d’automne

L’été indien dans la Drôme provençale

Elle roule sur une centaine de mètres et gare sa voiture sur la place du village.

Boire un café, manger un croissant

Prolonger sa présence dans ce lieu

Rester encore un peu, proche géographiquement de lui

Rester encore un peu là avant la semaine de travail

Imprégné de son odeur d’adolescent et palper encore un peu l’air qu’il déplace autour de lui quand il bouge, marche, empoté dans son grand corps qu’il n’habite pas complètement

Tenir encore la main de son enfant, devenu grand et retourner à l’enfance.

La sienne, la leur

Prendre le temps de revenir à son seul flux sanguin

Elle s’installe sur une terrasse

Commande un grand crème.

Autour d’elle, quelques personnes boivent et discutent.

Le bruit des conversations lui parvient comme étouffé.

Comme la bande son d’un film projeté au lointain

Elle est à la fois présente ici et maintenant et ailleurs. Dans un temps qui n’est plus.

Les rayons du soleil traversent le grand platane à côté duquel elle est posée.

Elle quitte ses sabots et pose ses pieds nus sur la chaise qui lui fait face.

Le café au lait a le goût des vacances, le croissant celui du dimanche.

C’est rigolo pour un lundi de rentrée

Elle regarde le haut de l’arbre, la tête légèrement penchée et plisse les yeux

L’image est verte, striée de blanc. Sur un fond bleu

Elle s’y vautre, se rêve peintre

Son portable sonne.

Elle voit s’afficher le nom de sa directrice. Elle ne décroche pas

Elle peut attendre, tout peut attendre, même le ciel

Le bip d’un message v

Son ventre gargouille, elle a faimocal se fait entendre

Lentement elle finit sa tasse et mâchonne chaque bouchée au moins cinq fois avant de l’avaler.

Elle jette un coup d’œil à sa montre, pose un billet de 5 euros sur la table et déjà se lève en renfilant ses chaussures

Sur le trajet du retour, elle respecte toutes les limitations de vitesse.

Comme pour dilater le temps

Celui pour elle de le laisser grandir

Pour lui de trouver sa place ailleurs qu’à la maison,

Dans les grands espaces qu’il affectionne tant.

Vivement vendredi soir !

Djamila Boutin, avril 2021